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Comme nous venons de le voir ci-dessus, les traitements que propose la médecine occidentale sont exclusivement palliatifs, ce qui fait que de nombreuses populations du Pacifique se tournent volontiers vers la médecine traditionnelle. Aussi, des études ethnobotaniques menées dans le Pacifique ont permis d’établir une liste d’une centaine de plantes entrant dans la composition de remèdes traditionnels destinés à traiter la ciguatéra. Ces plantes pourraient contenir des principes actifs qui, non seulement agiraient sur les symptômes, mais encore, pour certains, permettraient au corps humain de se "détoxifier". C’est en tout cas l’hypothèse qui apparaît à la lumière des témoignages des populations locales qui affirment ne plus ressentir de symptômes et pouvoir remanger du poisson dès le lendemain de la prise de leur remède.
Parmi tous ces remèdes, seul celui à base de feuilles d’Heliotropium foertherianum (Boraginaceae, nom vernaculaire : « faux tabac » en Nouvelle Calédonie et « tahinu » ou tohonu » en Polynésie française) a été étudié jusqu’à l’isolement de son principe actif, l’acide rosmarinique . |
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Comment est fabriqué le remède traditionnel à base de "Faux tabac" ou "Tahinu"? En Polynésie française, ce remède contre la ciguatéra est encore très utilisé, notamment dans l'archipel des Tuamotu où de nombreuses îles n'ont ni hôpital, ni centre médical, ni pharmacie. Les îliens, prélèvent entre 5 et 10 feuilles jaunes, prêtes à tomber de l’arbre, qu’ils nettoient et font bouillir dans 1 litre d’eau jusqu’à ce que cette dernière soit réduite à ½ litre. La boisson ainsi obtenue est bue chaude ou froide, en une ou plusieurs prises. Selon la coutume, la consommation de ce remède ne doit pas excéder 3 jours consécutifs. Pour être efficace, le traitement doit être pris le plus rapidement possible après l’intoxication. Notons également que l’efficacité peut varier d’un arbre à l’autre, dans la mesure où ils ne contiennent pas tous les mêmes concentrations en acide rosmarinique (F.Rossi). L’activité bénéfique de ce remède, très utilisé dans tout le Pacifique sud et même au Japon, a été mise en évidence à l’aide de différentes études pharmacologiques dont un essai in vivo sur souris et divers tests in vitro d’électrophysiologie, de neurophysiologie, de physiologie cellulaire et de neurotoxicité. Lors de ces différents tests, il a été montré que le remède traditionnel contrecarrait l’effet toxique engendré par les ciguatoxines.
L’acide rosmarinique est l’un des produits majoritaires de l’infusion de feuilles d’H. foertherianum. C’est un composé phénolique ne présentant pas de toxicité notable et dont les effets antioxydant et anti-inflammatoire, ainsi que des propriétés sur le système cardiovasculaire et sur les maladies neurodégénératives déjà connues peuvent être d’un grand intérêt pour le traitement de la ciguatéra. Son caractère « détoxifiant » a été observé sur cultures de cellules de neuroblastomes et par un test de détection ligand-récepteur (déplacement de la toxine de son site d’action).
L’acide rosmarinique mais aussi le remède traditionnel à base de feuilles d’ H.foertherianum pourraient donc constituer une alternative de traitement prometteuse pour les intoxications ciguatériques. |
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Afin d’éviter d’éventuelles résurgences ou aggravations des symptômes de l’intoxication, il est important que la personne intoxiquée suive un régime alimentaire exempt de produits marins, protéines animales, alcool, café et fruits à coques durant une période d’un mois minimum. Pour connaitre la liste complète des aliments susceptibles d’entrainer des réactions, cliquer ici.
Il se peut que cette « intolérance » à certains aliments développée par les personnes intoxiquées perdurent dans le temps (plusieurs mois, voire années). Il est alors recommandé de tenir un carnet des aliments dits « sensibles » et d’y noter les réactions qu’ils déclenchent ainsi que leur intensité. Ces aliments devront être mis de côté pendant plusieurs mois, puis la personne pourra essayer de les réintroduire un à un.
Si l’aliment testé n’est toujours pas toléré, recommencer l’exercice un ou deux mois plus tard. |
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Le mannitol est classiquement indiqué dans le traitement des symptômes neurologiques de la phase aiguë de l’intoxication et préviendrai des formes chroniques. Il est préconisé de l’administrer à la dose de 0.5 à 1g/kg de poids corporel sur une durée de 30 à 45 minutes dans les 48 à 72 heures après l’intoxication pour une efficacité maximale. Cependant des améliorations ont été observées avec ce traitement, même plusieurs semaines après l’épisode toxique.
Attention: du fait que le mannitol entraine une déshydration intracellulaire, il faut s’assurer avant son d’administrer, que le patient soit correctement réhydraté notamment en cas de vomissements et diarrhées importants. Par ailleurs, sont utilisation est déconseillée en cas d’insuffisance cardiaque. Plusieurs hypothèses ont été avancées afin d’expliquer les mécanismes par lesquels le mannitol agirait : ses propriétés osmotiques, de chélateur de radicaux libres et/ou d’inhibiteur des dépolarisations successives induites par les ciguatoxines.
Bien que controversée, l’utilisation du mannitol dans le traitement de la phase aiguë de la ciguatéra remporte les faveurs de la majorité des études réalisées. |
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Ces troubles sont rencontrés dans les cas les plus graves et témoignent le plus souvent d’une exposition à d’importantes quantités de toxines. Leur survenue nécessite en général une hospitalisation d’urgence .
La bradycardie et l’hypotension seront traitées par atropine administrée en intraveineuse ou intramusculaire (0.5 à 1mg, toutes les 5 minutes si nécessaire) jusqu’au maintien d’une fréquence cardiaque stable supérieure à 60 bpm. L’atropine est également connue pour améliorer certains troubles digestifs (diarrhées, vomissements, nausées, spasmes).
On peut également l’associer a des analeptiques cardiaques (isoprénaline,…) dans le cas de bradycardie rebelle et à la pralidoxime (Contrathion®,… ; 200 à1000 mg en perfusion lente) pour son pouvoir régénérateur de cholinestérases. |