Signes cliniques

                                                     
                                   

La ciguatéra frappe avant tout par le nombre élevé et la diversité de ses symptômes qui se regroupent en plusieurs grandes familles : digestifs, neurologiques, cardio-vasculaires, rhumatologiques et généraux. En pratique, plus de 175 symptômes différents ont été recensés dans la littérature médicale.

Principaux organes et systèmes affectés par la ciguatéra

 

Symptômes pouvant être rencontrés dans les cas de ciguatéra

 

A ce jour, il n'existe pas de test biologique permettant de confirmer le diagnostic de ciguatéra chez les patients.

Actuellement, le diagnostic repose uniquement sur l'historique d'intoxication; le poisson consommé, la nature et l'évolution du tableau clinique. Seule le recherche de ciguatoxines dans les restes de repas, permettent de confirmer l'exposition aux CTXs.  Certains symptômes tels que les paresthésies (démangeaisons, brûlures, engourdissements) des extrémités, du visage, de la bouche et les douleurs au contact d'objet ou de liquide froids, ainsi que le phénomène d'aggravation après consommation de certains aliments, peuvent être considérés comme caractéristiques de la ciguatéra.


 Outils d'aide au diagnostic de la ciguatéra

 

La ciguatéra présente généralement un faible taux de mortalité (<0.1%) et n'a jusqu'à présent jamais été associée à la survenue de maladies graves (cancers, pathologies neurodégénératives, etc). Les rares cas mortels surviennent en général dans les 48h après l'intoxication et sont essentiellement dus à une défaillance cardiovasculaire  aggravée par la forte déshydratation provoquée par les diarrhées et vomissements. Aucun cas mortel lié à la ciguatéra n'a été observé en phase chronique de l'affection.

Si cette intoxication peut s'avérer très invalidante sur de longues périodes allant jusqu'à plusieurs décennies, dans la majorité des cas, les symptômes finissent par s'estomper spontanément. Aujourd'hui, l'un des objectifs de nos recherches est de comprendre ce phénomène et de déterminer les facteurs qui favorisent la disparition de ces symptômes.

Par ailleurs, si la ciguatéra, n’est pas « contagieuse », elle présente par certains aspects, un caractère « transmissible » : soit par voie sexuelle (qui pourrait expliquer la survenue de prurit vulvaire chez des femmes lors de rapports sexuels avec un partenaire atteint de ciguatéra, ou de douleurs pelviennes chez les hommes durant l’éjaculation); soit de la mère à l’enfant par voie trans-placentaire ou via le lait maternel. Dans ce dernier cas, il est fortement recommandé aux mères d'arrêter d'allaiter leur enfant durant 1 mois.

Enfin, bien qu’exceptionnel, la ciguatéra peut être responsable d’accouchements prématurés et d’avortements en cas d'intoxication au cours de la grossesse.

 
 
       

 

Chronologie des symptômes

                                                                

Dans la chronologie classique de la ciguatéra, la "phase d'incubation" de l’intoxication, c'est à dire la période entre la prise du repas toxique et la survenue des premiers symptômes, est estimée entre 6h et 12h dans la majorité des cas.

 

Les premiers signes de l'intoxication se caractérisent en général par l'apparition de troubles gastro-intestinaux dont des crampes abdominales, nausées, diarrhées et/ou vomissements qui s'estompent en général au bout de 24h-48h.

Certains symptômes neurologiques peuvent également faire leur apparition au cours de ces premières heures (démangeaisons, céphalées, paresthésie, dysesthésies,...). Une sensation de brûlure ou des douleurs urogénitales sont également observées dans certains cas, dès les premiers jours.

 

Sur le plan cardio-vasculaire, des cas d’hypotension, de bradycardie, des modifications de l’onde T et, plus rarement, de tachycardie sont rapportés dans les premières 24h-48h de l'intoxication. Ces troubles cardiovasculaires sont en général révélateurs de la gravité de l'intoxication.

 

La ciguatéra n'entraine pas de fièvre. Au contraire, il peut arriver que durant les premières 24h-48h qui suivent l'intoxication, la personne intoxiquée présente une légère hypothermie, accompagnée de frissons.

 

Les troubles digestifs s'estompent rapidement, spontanément ou en réponse à un traitement. Ils laissent alors place à une « phase d’état », plus caractéristique, marquée par l’apparition de signes rhumatologiques, généraux et neurologiques plus marqués, parmi lesquels les paresthésies (picotements gênants au niveau des extrémités, de la bouche et du pharynx) accompagnées de dysesthésies et/ou allodynie au froid (provoquant chez les patients  des sensations de brûlures au contact d’objets ou de liquides froids). Contrairement aux signes gastro-intestinaux, les troubles neurologiques sont susceptibles de perdurer dans le temps, pendant plusieurs semaines, mois, voire jusqu’à plusieurs années.

 

Les symptômes connus pour persister le plus longtemps sont le prurit, les vertiges, les paresthésies, les dysesthésies, l’ataxie, la faiblesse généralisée et les troubles de l’humeur de type dépressifs.

 

Outre les manifestations majeures listées ci-dessus, une faiblesse généralisée évoquant le Syndrome de Fatigue Chronique (SFC) est souvent rapportée dans les zones d’endémie de la ciguatéra. Cette faiblesse, reconnue pour perdurer, est d’ailleurs proposée comme une des explications aux tendances dépressives de certains patients, n’excluant pas une possible action centrale directe des Ciguatoxines.

 

 

 

Chronologie d'apparition et degré

d'inconfort des manifestations de la ciguatéra
 

 

Seuil symptomatique

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

Il peut arriver qu'au cours d'un même repas, plusieurs personnes consomment le même poisson toxique, mais qu'une partie seulement des convives développe les symptômes de l'intoxication. On illustre ce phénomène par la "théorie de la goutte d'eau qui fait déborder le vase":

Les consommateurs chroniques de produits marins des zones endémiques de la ciguatéra accumulent tout au long de leur vie des quantités infimes de ciguatoxines dans leur organisme. Ces dernières sont ensuite redistribuées et stockées dans différents organes et tissus (graisses et muscles, notamment, en raison du caractère fortement lipophile des toxines ciguatériques). La teneur en toxines est donc susceptible de varier d'un individu à l'autre, en fonction de ses habitudes alimentaires. Ce n'est que lorsque le niveau de toxines dépasse un seuil qualifié de "symptomatique" que les signes de l'intoxication se déclenchent.

Ce  seuil est estimé à 0.1 ng de toxines/g de chair.

                
 
                                                                                

 

Ciguatéra: Notion de seuil symptomatique

 

 

 

FaLang translation system by Faboba