Il n’existe à ce jour aucun vaccin ni thérapeutique spécifique et véritablement efficace contre la ciguatéra. La prise en charge symptomatique demeure la pierre angulaire des soins prodigués aux personnes intoxiquées.

 

Cependant, l’avancée des connaissances en toxicologie et ethnobotanique ont permis d’ouvrir des pistes sérieuses vers de futurs traitements spécifiques. Aussi plusieurs composés susceptibles de contrer spécifiquement l’action des ciguatoxines ont été identifiés (brévénal, anticorps monoclonaux, acide rosmarinique,….). Cependant, si ces pistes semblent offrir pour la première fois la perspective de traitements ciblés et efficaces, de nombreuses études complémentaires doivent être menées avant de pouvoir envisager leur mise sur le marcher.

 

Aujourd’hui, le meilleur traitement connu contre la ciguatéra réside dans la « prévention » qui passe avant tout par des actions combinées d’information, de protection des récifs coralliens, de gestion intégrée, de renforcement de la traçabilité des filières de pêche, de surveillances des efflorescences algales (HABs) et  de Veille Sanitaire.

  
 

Les urgences en phase aiguë

                     

Les urgences à traiter juste après une intoxication ciguatérique sont les troubles hémodynamiques et hydroélectriques susceptibles d’entrainer un état de choc pouvant s’avérer mortel chez les sujets sensibles. L’utilisation d’importants volumes de solutés isotoniques et d’amines vasopressives peut alors s’avérer nécessaire.

  Lintubation est très rare mais peut s’avérer nécessaire en cas de comas ou de polyradiculonévrite aiguë.
  Enfin, afin de prévenir d’un choc toxique/ anaphylactique, l’administration de corticoïdes peut s’avérer nécessaire.                                     

 

Traitement des troubles gastro-intestinaux

         

En général, les premiers troubles à survenir après un épisode toxique sont d’ordre gastro-intestinal.

Les diarrhées semblent bien répondre aux antidiurétiques anti-sécréteurs de type racécadotril (Tiorfan®) ; les vomissements aux antiémétiques et les douleurs abdominales aux antispasmodiques.

Dans les cas sévères, on peut procéder à une décontamination au charbon activé (si administré dans les 3-4 heures après l’intoxication), ainsi qu’a un lavage gastrique, toutefois leur utilisation est contre-indiquée en cas de vomissements.

En général, ces troubles disparaissent au bout de quelques jours.

 

Traitement des troubles cardiovasculaires

                

Ces troubles sont rencontrés dans les cas les plus graves et témoignent le plus souvent d’une exposition à d’importantes quantités de toxines. Leur survenue nécessite en général une hospitalisation d’urgence .

 

La bradycardie et l’hypotension seront traitées par atropine administrée en intraveineuse ou intramusculaire (0.5 à 1mg, toutes les 5 minutes si nécessaire) jusqu’au maintien d’une fréquence cardiaque stable supérieure à 60 bpm.

 

On peut également l’associer a des analeptiques cardiaques (isoprénaline,…) dans le cas de bradycardie rebelle et à la pralidoxime (Contrathion®,… ; 200 à1000 mg en perfusion lente) pour son pouvoir régénérateur de cholinestérases.

 

Traitement des troubles neuromusculaires

                     

Douleurs

Les myalgies, arthralgies, céphalées, etc, sont calmées par des antalgiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens (paracétamol, aspirine, ibuprofène, indométacine,…).

 

Prurit

Le type de prurit rencontré dans la ciguatéra répond relativement bien aux antihistaminiques de type H1pure: dexchlorphéniramine (Polaramine®,…) ; de type H1 mixtes cyproheptadine (Périactine®,…), hydroxyzine (Atarax®); cétirizine (Virlix®) et aux anesthésiques locaux (lidocaïne,…). Toutefois, leur efficacité reste réduite, compte tenue de l'origine neurologique du prurit rencontré dans la ciguatéra.

 

Neuropathies périphériques et asthénie

L’administration d’un cocktail multi-vitaminique à base de vitamines B (B1, B6, B12) et C associé à du gluconate de calcium est fréquemment proposée bien que son efficacité n’a pas été formellement démontrée. En phase aiguë de l’intoxication, le traitement consiste en une perfusion intraveineuse lente d’une heure d’un sérum glucosé (250 ml), contenant 1 gramme de vitamine C, 250mg de vitamine B6 et 1 gramme de gluconate de calcium.

Il a été démontré que la forme active de la vitamine B12 (méthylcobalamine), administrée à forte dose, stimule la régénération de structures nerveuses endommagées. Les vitamines du groupe B sont en général connues pour leur rôle neuro-protecteur. La vitamine C, quant-à elle, est utilisée pour ces vertus antiasthéniques et en tant que chélateur de radicaux libres. Enfin, les sels de calcium sont utilisés en raison de la diminution de l’affinité des ciguatoxines pour leurs récepteurs dans un milieu riche en calcium.


Paresthésies et dysesthésies chroniques

L’amitriptyline (Loraxyl®, Elavil®) et la gabapentine (Neurontin®) sont recommandées dans le soulagement des paresthésies et dysesthésies chroniques de la ciguatéra. En effet, l’amitriptyline administrée à la dose d’environ 50mg/jour en une prise, permettrait d’observer de nettes améliorations (de troubles neurologiques et même au niveau du prurit) chez certains patients.

Enfin, la cholestyramine (Questran®,…), un hypocholestérolémiant, qui aurait un pouvoir antagoniste vis-à-vis des ciguatoxines, a montré une efficacité sur l’amélioration de symptômes neurologiques chez plusieurs patients intoxiqués.

 

Fatigue chronique

 Il a été démontré que la Fluoxétine (Prozac®), antidépresseur de la classe des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, entrainait une nette amélioration dans le syndrome de fatigue chronique associé à une ciguatéra.

 

Quid du Mannitol?

                 

Le mannitol est classiquement indiqué dans le traitement des symptômes neurologiques de la phase aiguë de l’intoxication. Il est préconisé de l’administrer à la dose de 0.5 à 1g/kg de poids corporel sur une durée de 30 à 45 minutes dans les 48 à 72 heures après l’intoxication pour une efficacité maximale. Cependant des améliorations ont été observées avec ce traitement, même plusieurs semaines après l’épisode toxique.

 

Attention: du fait que le mannitol entraine une déshydration intracellulaire, il faut s’assurer avant son d’administrer, que le patient soit correctement réhydraté notamment en cas de vomissements et diarrhées importants. Par ailleurs, sont utilisation est déconseillée en cas d’insuffisance cardiaque.

Plusieurs hypothèses ont été avancées afin d’expliquer les mécanismes par lesquels le mannitol agirait, c.a.d. ses propriétés osmotiques, de chélateur de radicaux libres et/ou d’inhibiteur des dépolarisations successives induites par les ciguatoxines.

 

Bien que controversée, l’utilisation du mannitol dans le traitement de la phase aiguë, voire chronique, de la ciguatéra remporte les faveurs de la majorité des études réalisées.

 

Régime alimentaire post intoxication

                           

Afin d’éviter les résurgences ou l'aggravation des symptômes de l’intoxication, il est important que le malade suive un régime alimentaire spécifique, exempt de produits marins, protéines animales, alcool, café et fruits à coques durant une période d’un mois minimum. 

 

Il se peut que cette « intolérance » à certains aliments développée par les personnes intoxiquées perdurent dans le temps (plusieurs mois, voire années). Il est alors recommandé de tenir un carnet des aliments dits « sensibles » et d’y noter les réactions qu’ils déclenchent ainsi que leur intensité. Ces aliments devront être mis de côté pendant plusieurs mois, puis la personne pourra essayer de les réintroduire un à un. Si l’aliment testé n’est toujours pas toléré, le laisser de côté et recommencer l’exercice un ou deux mois plus tard.

 

Dans certains cas de figure, l'intolérance peut s'étendre à d'autres produits alimentaires, comme les protéines de source végétale, les produits riches en matières grasses, les produits laitiers, les aliments riches en histamines,etc.

 

Ce régime d'exclusion doit être adapté au cas par cas.

 

Ce phénomène s'estompe avec le temps.

 

 

Heliotropium Foertherianum

         

Les traitements que propose la médecine occidentale sont exclusivement palliatifs, ce qui fait que de nombreuses populations insulaires, notamment dans le Pacifique se tournent volontiers vers la médecine traditionnelle.

Aussi, des études ethnobotaniques menées dans le Pacifique ont permis d’établir une liste de près d'une centaine de plantes entrant dans la composition de remèdes traditionnels destinés à traiter la ciguatéra. Ces plantes pourraient contenir des principes actifs qui, non seulement agiraient sur les symptômes, mais encore, pour certains, permettraient au corps humain de se "détoxifier" plus rapidement. C’est en tout cas l’hypothèse qui apparaît à la lumière des témoignages des populations locales et de quelques études in vitro.

 

Parmi ces remèdes, seul celui à base de feuilles d’Heliotropium foertherianum (Boraginaceae, nom vernaculaire : « faux tabac » en Nouvelle Calédonie et « tahinu » ou tohonu » en Polynésie française) a été étudié jusqu’à l’isolement de son principe actif, l’acide rosmarinique

 

Faux tabac abcd TR

Heliotropium foertherianum ou "faux tabac" . a) arbuste ; b) arbre; c) feuilles; d) fleur et bourgeons. La faux tabac pousse préférentiellement en bord de mer, sur le sable. © D. Laurent, C. Gatti et F. Rossi

 

 

Comment est fabriqué le remède traditionnel à base de "Faux tabac" ou "Tahinu"?

En Polynésie française, ce remède contre la ciguatéra est très utilisé, notamment dans les îles où l' offre de soin est limitée.

Les îliens, prélèvent entre 5 et 10 feuilles jaunes, qu’ils nettoient et font bouillir dans 1 litre d’eau jusqu’à ce que cette dernière soit réduite à ½ litre. La boisson ainsi obtenue est bue chaude ou froide, en une ou plusieurs prises. Selon la coutume, la consommation de ce remède ne doit pas excéder 3 jours consécutifs.

Pour être efficace, le traitement doit être pris le plus rapidement possible après l’intoxication. Notons également que l’efficacité peut varier d’un arbre à l’autre, dans la mesure où ils ne contiennent pas tous les mêmes concentrations en acide rosmarinique.

L’activité bénéfique de ce remède a été mise en évidence à travers différentes études pharmacologiques dont un essai in vivo sur souris et divers tests in vitro d’électrophysiologie, de neurophysiologie, de physiologie cellulaire et de neurotoxicité. Lors de ces différents tests, il a été montré que le remède traditionnel contrecarrait l’effet toxique engendré par les ciguatoxines.

 

L’acide rosmarinique est l’un des produits majoritaires de l’infusion de feuilles d’H. foertherianum. C’est un composé phénolique ne présentant pas de toxicité notable et dont les effets antioxydants et anti-inflammatoires, ainsi que des propriétés sur le système cardiovasculaire et sur les maladies neurodégénératives déjà connues, peuvent être d’un grand intérêt pour le traitement de la ciguatéra. Son caractère « détoxifiant » a été observé sur cultures de cellules de neuroblastomes et par un test de détection ligand-récepteur.

 

L’acide rosmarinique mais aussi le remède traditionnel à base de feuilles d’ H.foertherianum pourraient donc constituer une alternative de traitement prometteuse pour les intoxications ciguatériques.

 


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